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dimanche 30 novembre 2008

La sociologie du logiciel libre

Le libre est un mouvement qui place la collectivité en son centre pour s'enrichir de la puissance de la masse. Ainsi, la sociologie du logiciel libre n'est-elle pas une totale abstraction mais belle et bien une réalité des plus complexes. Tâchons ensemble de la décrypter afin de l'expliquer au commun des mortels.

Pour comprendre ce phénomène, tâchons de le définir simplement. Un individu crée un logiciel, fédère une communauté d'utilisateurs dont une infime partie va à son tour exploiter son potentiel pour intervenir dans le processus de création. Le logiciel ainsi modifié dispose d'un panel étendu de possibilité qui va permettre d'attirer de nouveaux utilisateurs, et ainsi de suite.

La communauté qui se forme autour d'un logiciel libre est tout d'abord plurielle en cela qu'elle est constituée de personnes mues par différents intérêts envers ce logiciel : des personnes morales ou physiques sont attirés par chacun des avantages d'une telle solution qui sont (entre autres) la gratuité, l'évolutivité, les fonctionnalités ou encore la malléabilité de ce dernier. Tout ceci fait qu'ils ont chacun tendance à vouloir voir évoluer le logiciel qu'ils ont choisi d'utiliser et ce dans des directions parfois bien différentes mais jamais totalement contradictoires.

La communauté s'organise peu à peu, des développeurs aux utilisateurs avertis et chacun a, comme dans une véritable société, son rôle à jouer : rédaction de code, rédaction de rapports de plantages, rédaction de la documentation, support sur les forums, etc. Comme dans toute société, chaque utilisateur peut trouver sa place indépendamment de son niveau de connaissances.

La hiérarchie s'établit peu à peu puisqu'il faut, à mesure que la collectivité s'organise autour d'un projet, répondre d'une voix claire et distincte aux questions importantes d'orientation de la communauté et des différentes branches qui la composent. Seulement elle tend à s'effacer pour garder intacte le potentiel de création de cette dernière qui est en fait le véritable moteur du logiciel.

L'un des rôles principal de cette hiérarchie constituée au mérite est de lancer et d'entretenir la discussion au sein même de la communauté sur des questions importantes et de trancher le cas échéant entre deux propositions qui ne peuvent être suivies simultanément sans qu'il y ait conflit. C'est ce qui se passe actuellement lorsque la Mozilla Foundation propose aux membres de sa communauté de déterminer ses objectifs pour 2010.

C'est en cela que le logiciel libre est fascinant : il s'agit de la preuve que la collectivité dispose du pouvoir de faire de grandes choses lorsqu'elle s'allie. Le fonctionnement même d'une communauté est à elle seule une mini-démocratie qui, bien qu'elle soit peu complexe, s'est formée naturellement et laisse présager que l'homme est ni plus ni moins qu'un animal social. Le logiciel libre est bien plus qu'un mouvement économique, c'est aussi quelque part une idéologie fédératrice.

mardi 3 avril 2007

Web blogosphérique et Internet : un microcosme version beta ?

Ce billet est plus un ébauche d'amas d'idées jetées sur le clavier qu'un véritable point de vue ferme, une réflexion à "blog ouvert" en somme. Vous êtes les bienvenus pour discuter, polémiquer, argumenter ou réfuter les propos tenus ici bas (et qui vont peut-être parfois au delà de ma conviction première, extrapolation oblige). C'est d'ailleurs le propos même de ces lignes. Ne bougez pas, vous allez comprendre !

Cerveau dans une main

Comme beaucoup d'entre-nous, du moins j'espère, je me sens concerné par le devenir de la société et par les profonds changements dont elle est l'objet à l'heure actuelle. Le monde change et nous le savons, nous le sentons mais nous avons tout cette impression fataliste de ne rien pouvoir y faire, d'être impuissant contre la masse de la société, ce bloc unifié qui fait masse et duquel ne se dissocient à première vue que quelques rares perles perdues au détour d'un chemin. Du moins c'est ce qu'était ma vision il y a plusieurs mois de cela, cette même vision qui aujourd'hui laisse place en moi, en plus de la volonté de changement, à l'espoir de pouvoir faire avancer les choses.

Cet espoir s'incarne pour moi sous les traits de l'Internet. Utopique ? Peut-être, mais pas seulement. L'internet, le Web et par extension les blogs tels qu'on les connait à l'heure actuelle sont le reflet d'un microcosme en formation, une mini-société d'avant-garde qui essaye de réinventer les règles de la vie, parfois à tort, parfois de la mauvaise façon, mais qui expérimente. Si vous voulez, on peut comparer ce microcosme à une version en beta-test de la société (x+1).0 de demain. Une société qui interagit, s'invente des codes, s'invente une économie, qui réinvente les fondements de notre société actuelle pour créer autre chose, pour incarner ce changement profond dont parlent les politiciens.

Si les politiciens en parlent, les internautes testent les évolutions de ce changement au jour le jour. Ces évolutions ne seront adoptés par la société qu'après avoir touché ce public d'avant-garde. Regardez autour de vous : les artistes de demain sont aujourd'hui des succès sur Internet, l'éducation de demain passe par les méthodes d'information développées aujourd'hui, la politique citoyenne de demain passe par l'internet aujourd'hui, même si jusqu'à présent l'appréhension de l'Internet par les politiques n'a pas été celle escomptée. La démocratie participative de demain se met en place grâce à ce qu'on appelle dès à présent les NTIC (Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication).

Le blog est un aspect de cette nouvelle société qui se cherche sans cesse depuis déjà plusieurs années. Le partage, l'information et la désinformation, la confrontation des idées sont à la base même d'un brainstorming géant, à la base même de l'implication de gens qui n'ont pour tout point commun que le fait d'avoir des opinions dans le façonnage de leur propre futur et celui des générations à venir. Jamais l'expression "refaire le monde" n'a pris une forme si concrète. Et le plus grand atout de ce microcosme est qu'il ne nécessite aujourd'hui plus de compétences techniques, plus de moyens financiers, sociaux ni de moyens intellectuels pour y prendre part. Cette micro-société est quasiment le reflet fidèle d'un monde offline, en changement permanent, l'interaction communautaire en plus.

Le désir de la société de changer est exaucé par le fourmillement du Web. Comme toujours, ce mouvement a été initié pour un groupe de précurseurs minoritaire, les "geeks", les gourous, qui ont amorcé les bases de ce système et qui sont, petit à petit, suivis par la masse des gens qui prennent conscience des problèmes de leur quotidien et qui, plus ou moins consciemment, vont réfléchir à des solution par le biais de tous les moyens d'échanges et de communication à leur disposition. L'internet n'est pas encore totalement éclos et seul le noyau pensant commence à être assez mûr pour répandre des valeurs, non pas par le biais d'influences, mais par le dialogue et l'échange, afin de partager, de moduler, d'améliorer et de former ce de quoi demain résultera.

On ne peut pas dire à l'avance ce qui sera réussite ou échec. Ce modèle de développement communautaire, social et politique ne fera peut-être pas ses preuves, mais je sens comme une lame de fond qui vient petit à petit décrocher les mentalités les plus profondément ancrées pour les faire remonter à la surface et les soumettre à la lumière du soleil, les révélant au monde qui se permettra d'argumenter sur leur bienfondé, ne laissant le jugement final qu'à leur propriétaire. L'utopie d'une société idéale est celle d'un monde à l'image de chacun de nous, teintée par la pluralité des individus qui en font dès leur sa richesse.

PS : Originellement inspiré d'un billet sur le blog de Loïc à propos des ambitions pour son blog.