En un dollar comme en "sang" : le tensiomètre, comment ça marche ?
Par Deeder le dimanche 5 août 2007, 22:54 - Bac à sable - Lien permanent
Je ne sais pas vous, mais il est une question que je me suis quasiment toujours posé sans pour autant avoir la réponse. Le réflèxe "Web search" étant loin de moi lors des circonstances de l'apparition de cette question scientifico-existentielle, j'ai enfin trouvé l'occasion pour demander la réponse à ma question. Allez, avouez-le : vous aussi vous vous êtes déjà demandés comment marche le brassard dont le médecin se sert pour prendre la tension (ou sphygmomanomètre pour les intimes) ! Parce que vous êtes sympa, soumis et agenouillés, je vous donne la réponse.
Je vais tâcher de synthétiser la chose en résumant un peu l'aspect scientifique de la chose afin que tout le monde comprenne bien de quoi il s'agit (notez que l'explication est également disponible chez Wikipédia, mais sans l'aspect physique). D'ailleurs, pour cette réponse, je tiens à remercier John l'infirmier (et non pas Ron) qui a su sacrifier un peu du temps de son déjeuner (ainsi que du mien) pour me montrer deux ou trois trucs de manière très claire.
Bon, trêve de bavardage : parlons physique. Si je vous dis "mécanique des fluides", vous devriez froncer les sourcils en vous disant que ce terme vous dit vaguement quelque chose, ou alors hausser désespérément les épaules. Ne vous inquiétez pas, on va y aller mollo... Il s'agit là d'une branche de la physique qui étudie le mouvement des liquides et des gaz sous l'action de différentes forces. Cette branche se divise encore en deux, l'étude des flux statiques (calcul de la poussée d'Archimède, etc) et l'étude des flux dynamiques à laquelle on s'intéressera par la suite.
Ces flux ont, entre autres caractéristiques, un écoulement caractéristique en fonction de certaines conditions : soit l'écoulement est laminaire, c'est à dire que les molécules sont alignées de manière longitudinale, il n'y a donc aucun "frottement" entre elles, soit il est turbulent, c'est à dire que les molécules se déplacent de manière désordonnée, chaotique, ce qui arrive dès qu'un flux laminaire rencontre un obstacle (c'est le principe des turbulences en aérodynamique). Ce que l'on sait moins, c'est que vous l'utilisez aussi à chaque fois que vous allez chez le docteur et qu'il vous prend votre tension artérielle.
En effet, lorsque le brassard est gonflé à l'aide de la poire, la pression exercée sur l'artère va l'écraser, ce qui va arrêter tout écoulement du flux sanguin. Lorsque le brassard se dégonfle, la déformation qu'il écrase provoque un écoulement turbulent du sang qui s'accompagne d'un petit bruit audible au stéthoscope ("tchac, tchac"). Le flux redeviendra laminaire lorsque l'artère aura repris sa forme originelle, le bruit s'arrêtera alors. Voilà, vous avez le principe de la prise de tension !
Là, vous vous dites "C'est bien beau, mais ça mesure rien ton truc..." Détrompez-vous ! En fait, l'artère ne sera plus déformée lorsque la pression à l'intérieur de celle-ci (celle exercée par le sang) sera identique à celle qui est exercée à l'extérieur (par le brassard). La pression sanguine, ou tension artérielle, est donc égale à celle indiquée par le tensiomètre (qui est en fait un simple manomètre) au moment où le flux sanguin redevient laminaire et donc où la bruit s'arrête. C'est aussi simple que cela, m'enfin, encore fallait-il le trouver ! 




Commentaires
Génial ! ça fait des années que je me pose la question.
Concrétement, le médecin compte donc le nombre de tchac tchac et arrive à 1 chiffre et comment il arrive à 12,3 ?
Non, ce n'est pas tout à fait ça : il regarde la pression indiquée par le manomètre du brassard au moment où le bruit cesse. A ce moment, la pression artérielle et celle du brassard sont identiques il suffit d'avoir l'une pour avoir l'autre. Et hop.
Ok, ça devient plus clair. Mais au risque d'être un peu chiant mais j'aime bien comprendre...
Comment le manomètre du brassard fonctionne ? Il mesure la pression artérielle mais j'ai du mal à comprendre le mécanisme en lui-même. (ya rien là-dessus sur Wikipédia non + je crois). Merci.
Il mesure la pression à l'intérieur du brassard, seulement, celle-ci est identique à la pression artérielle au moment même où le bruit cesse. La cessation du bruit correspond au moment où l'artère n'est plus écrasée, donc où la pressions du brassard est identique à la pression artérielle.
Je voudrais pas faire mon chieur mais c'est une grosse connerie que de dire que les molecules d'un fluide ne se frottent pas a l'interieur d'un flux laminaire. Oui elles se frottent et pas qu'un peu. Ensuite, un flux laminaire qui rencontre un obstacle peut rester laminaire ensuite, c'est juste une question d'echelle et de nombre de Reynolds. A part ca merci beaucoup pour vos explications.
Le chieur > Je suis loin d'être un spécialiste de la question, j'étudierai surement tout ça dans les deux années qui vont suivre. J'ai simplement essayé de résumer la situation, quitte à être approximatif pour être le plus compréhensible possible.
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