Le Point et sa vision de la guerre des navigateurs...
Par Deeder le mardi 10 juillet 2007, 02:33 - Standarderies - Lien permanent
Petit coup de gueule nocturne pour Le Point et son article titré d'un racoleur Apple relance la guerre des navigateurs Web. Hélas, je crois bien que le journaliste en question a mis un pied dans un domaine qu'il ne maîtrise pas et où son processus routinier de documentation a été plutôt mal accompli. Manque de bol, je suis passé par là au même moment et je compte bien rétablir quelques vérités dans l'information délivrée. Etre racoleur, quoi de plus normal pour un article de presse, mais doit-on pour autant modifier la réalité des faits à cette fin ?

Le 11 juin, Steve Jobs, le PDG d’Apple, a intensifié l’assaut contre le géant du logiciel [Microsoft, NDLR]. Dans un discours devant les développeurs Apple, Jobs ... a annoncé de nouvelles versions du navigateur Safari pour Windows. Celui-ci permettra aux utilisateurs Microsoft d’essayer sans risque le logiciel Apple (Safari est gratuit) et ainsi les convaincra peut-être de passer à un ordinateur Mac ou d’acheter un iPhone. Et pour s’assurer qu’il y aura suffisamment de logiciels différents pour les acheteurs, Jobs a offert les technologies Web (codes sources) de Safari aux développeurs extérieurs afin qu’ils écrivent des programmes pour les produits Apple, y compris l’iPhone (le grand succès potentiel de la compagnie), en vente depuis le 29 juin.
Ca commence mal avec ce premier paragraphe, en fait le second de l'article : quelqu'un peut-il m'expliquer en quoi l'utilisation d'un logiciel Apple donne-t-il envie à son utilisateur d'acherter un Mac ou un iPhone, d'autant plus lorsqu'il s'agit d'un navigateur Web ? Beaucoup de personnes utilisent iTunes ou Quicktime sur PC et n'ont pas pour autant l'envie d'acheter un Mac. J'ai du mal à faire le rapprochement entre les deux, mais soit. Par contre, Apple reste dans sa logique d'applications propriétaires et n'a en aucun cas offert les codes sources de Safari aux développeurs, encore moins les technologies Web qu'il n'a pas lui même inventé à ce que je sache. L'iPhone, quant à lui, n'est pas ouvert aux applications externes. Il n'est possible d'utiliser que des applications de type en ligne utilisant les technologies web actuelles, tout comme le font les applications en ligne de Google par exemple. Les développeurs indépendants ne peuvent donc pas développer d'applications indépendantes grâce au code source de Safari dont ils ne disposent pas.
Petite précision quant aux chiffres annoncés pour Firefox, les 15% annoncés (plus près des 17% en réalité), sont des statistiques mondiales, sachant qu'en Europe nous en étions à 24.1% de parts de marché en Avril dernier d'après Xiti Monitor, soit actuellement bien au delà des 25% si la croissance de l'utilisation de ce navigateur à gardée son rythme de croisière. L'esthétique des applications Mac sous Windows est un des arguments avancés pour justifier l'adoption du mode de vie Mac et iPhone. Là encore, j'ai beaucoup de mal à croire en ces propos. Si BootCamp peut être un argument viable, l'intrusion de Safari sur Windows n'en est pas un, loin de là.
Il [Jobs] souhaite notamment entrer sur de nouveaux marchés, comme ceux des téléphones mobiles et des périphériques de télévision.
Qui a osé parler des périphériques de télévision ? On parle bien de l'AppleTV là ? Ca ne srait pas ce qu'on appelle un "bide" ? On a vu mieux comme intrusion sur un nouveau marché. Concernant l'arrivée de l'iPhone sur le marché mobile, j'en conviens que son lancement semble plutôt réussi. Peu importe d'ailleurs la réussite ou non de l'intrusion dans un marché spécifique d'Apple, la grossière erreur qui est par la suite évoquée est la même que la précédente : l'iPhone n'est pas ouvert aux applications tierces. Le développement d'applications pour l'iPhone est certes simple puisqu'il s'agit d'applications en ligne s'apparentant à des simples sites Web, ce qui est certainement moins couteux en temps de développement qu'une application logicielle, mais qui comporte d'autres inconvénients bien plus handicapants. Encore une fois, ces applications ne sont PAS des programmes.
Ensuite, la vision de la guerre des navigateurs par l'auteur est quelque peu déplacée pour plusieurs raisons :
- Premièrement, la guerre des navigateurs est une notion qui provient de l'affrontement entre Internet Explorer de Microsoft et Netscape. Il n'y avait alors sur le marché quasiment aucune alternative viable à ces deux navigateurs. Aujourd'hui, le contexte est tout à fait différent avec la présence de nombreuses alternatives minoritaires comme de poids contre IE qui est d'ailleurs obligé de rattraper son retard pour éviter de perdre trop de parts de marché.
- Deuxièmement, si guerre des navigateurs il y a, elle s'effectue depuis belle lurette entre Firefox et IE, Safari n'arrivant que comme un cheveu sur la soupe. Safari n'est pas un acteur primordial de la navigation sur Internet, et la nouvelle mouture n'a, à mon avis, été développée que pour permettre le développement d'applications compatibles avec le version mobile embarquée dans l'iPhone.
- Le marché de l'iPhone est un marché mobile et le Web mobile est à distinguer du Web traditionnel. Les utilisations et les utilisateurs sont différents. La consommation en elle même change, avec ses besoins, ses habitudes, etc. Impossible donc de concilier les deux pour en tirer une seule et même conclusion. Mélanger le marché des navigateurs mobiles et des navigateurs traditionnel est trop risqué et improbable.
- Enfin, si Apple arrive à percer dans le domaine du Web, indépendamment des plateformes utilisées, il y aura alors trois acteurs pour le marché, dont deux seront réellement respecteux des standards (pour déterminer l'autre, suivez mon regard). La notion de guerre ne s'impose alors pas puisque le gain des parts de marché par des tels navigateurs n'est que bénéfique car cela permet de favoriser l'innovation et l'accessibilité de l'information sur l'Internet.
Pour conclure, je dirais que cet article basé selon le titre sur la guerre des navigateurs et donc sur l'arrivée de Safari 3 dans la savane des interfaces logiciels Toile/Utilisateur a totalement tort de se baser sur un raisonnement marketing centré sur l'iPhone. Il s'agit là de deux produits totalement distincts et liés uniquement par la technologie qu'ils ont en commun. Les stratégies sont différentes, à l'instar de leurs marchés respectifs, et ce n'est ni la réussite de l'un, ni celle de l'autre qui va faire exploser les ventes d'ordinateurs Mac. Carton jaune à Le Point pour cet article olé olé.


Commentaires
L'article provient de Business Week et non du Point en lui meme. Le fait qu'il fut ecrit par un journaliste americain explique peut etre le ton assez lyrique et la vision... differente. Apple a une part de voix enorme en ce moment dans les medias outre Atlantique.
Utilisé des logiciels libres m'a fait installé Linux sur mon PC. Je pense qu'il en va de même avec des logiciels apple comme Safari.
Personnellement, j'aimerais bien voir comment ont évolué les ventes de Mac depuis l'explosion de l'ipod en parallèle avec celle d'iTunes.
Comme tu le dis, il existe une exception pour QuickTime, mais reconnaissons le, ce n'est pas le meilleur logiciel d'Apple !
Bien sur ce phénomène n'est pas automatique, qui utilise Safari, ne va pas acheter un Mac dans les mois qui suivent. Mais à grande échelle, l'effet est surement significatif parce que ça contribue à populariser l'entreprise et donc ça fait jouer la concurrence face à un Microsoft hyperprésent.
Lionel > Si l'article a été traduit, je comprends déjà mieux certaines erreurs possiblement liées à un traduction problématique de termes plus ou moins technique. Si l'auteur est américain et francophone, ça n'empêche que de dériver ainsi d'un marché à l'autre sans aucune raison valable ne tient pas debout.
Neoxx78 > Je ne pense pas que le fait d'installer des logiciels libres influe énormément sur l'envie d'installer Linux : je connais nombre de personnes qui utilisent des logiciels libres pour des raisons diverses et variées et qui n'ont pas pour autant envie de passer sous Linux.
Un navigateur n'est pas un élément décisif pour passer à un Mac à mon avis. Alors que d'autres logiciels plus professionnels ou en corrélation avec le noyau de Mac OS peuvent être déterminants de par une meilleure intégration dans l'OS allant de paire avec une rapidité d'exécution et une stabilité plus grande que sur un autre OS sur lequel le logiciel peut être porté, Safari aura du mal à convaincre un large public PC.
A mon avis, Safari a été sorti dans une logique purement stratégique car il est arrivé juste après l'annonce de la nouvelle beta de Netscape, juste avant la sortie de l'iPhone par lequel il aurait été occulté quelques semaines plus tard, et juste à temps pour pouvoir développer des applications mobiles pour l'iPhone. C'est purement de la stratégie marketing favorable à l'iPhone.
Fil des commentaires de ce billet