LunettesJe naquis un beau jour de Mai, le neuf plus précisément. Et Dieu le père n'a rien trouvé de mieux que de me faire une vue de taupe (Serait-ce dû à un lendemain de fête difficile ?). Depuis mon plus jeune âge j'arbore donc, sur mon appendice frontal, une paire de lunettes du plus bel effet. Rouge, vert, jaune, bleu, noir, je me suis essayé depuis à toutes les couleurs (ou presque : le rose fluo sera pour la prochaine paire) et toutes les formes (idem pour la monture en forme de coeurs).

Las de porter toujours cet étrange objet sur mon nez, se tordant, se dévissant ou se cassant au moindre geste brusque de mes voisins immédiats, une solution s'offrait alors à moi : les lentilles. Quel miracle de la technologie que ces petits bouts de plastique sphériques, offrant miraculeusement la vue à quiconque le souhaite. C'est donc mercredi que je me suis rendu chez mon ophtalmologiste dans le but de m'y essayer. L'essai s'étant passé sans problème, je suis rentré chez moi, mes lentilles d'essai dans la poche.

Mais lorsque l'on m'avait inséré les objets dans l'oeil avec une main expérimentée la première fois, j'étais loin de m'imaginer le calvaire que j'allais subir en les appliquant moi-même sur mes pauvres petits noeils en détresse. La lentille, cette chose si formidable mais à la fois si petite pour mes gros doigts non exercés à les manipuler. Rien que le fait de les sortir du liquide hydratant qui les conserve bien humides fut une épreuve. Mais j'étais encore loin du compte : il fallait désormais les enfiler.

La manipulation de la première chose n'était pas facile. Quel est celui a eu l'idée de les faire aussi mince qu'une feuille de cigarette ? Première étape : la mettre dans le bon sens. Bon, ce n'est pas trop compliqué. Seconde étape, déplier les éventuels plissements pour obtenir du prêt-à-poser. Troisième étape et non des moindres : la pose. Alors il suffit de faire comme ça... à moins que... Ha non, ça y est je me rappelle, il m'a dit comme ça. Rho zut, j'ai un trou...

Après quelques secondes de réflexion, je me suis rappelé les explications du bonhomme qui m'a filé les lentilles. Mais c'est bien sûr ! Ecartelant mes paupières et dilatant mon oeil au maximum, j'appliquais alors l'objet mou sur ma cornée. A peine l'avais-je touchée que la lentille se plia dans le sens opposé, telle une ventouse, pour épouser la forme de mon doigt. Qu'à cela ne tienne, le retournement fut tout aussi facile pour moi, et le second essai suivit, peu de temps après.

Cette fois-ci c'était la bonne. Je le sentais. A nouveau mon doigt s'approcha de mon oeil écarquillé, et cette fois-ci tout se présageait bien jusqu'à ce que la lentille reste collée à mon doigts lorsque j'allais le retirer. Je vous passe les quelques dizaines d'essais qui suivirent, avec des problèmes divers et variés, de la lentille qui tombe, à la lentille qui était mal posée. Au bout de dix minutes la première était mise, au bout de vingt la seconde aussi.

Bref, après vingt minutes d'essais dans toutes les positions, mes lentilles étaient enfin en place. Le rangement des membranes fut plus rapide et moins laborieux, et heureusement. Après les grosses lunettes qui s'enfilent en 2 secondes, les lentilles minuscules qui s'enfilent en 20 minutes chrono : on n'arrête pas le progrès. Rappelez moi juste de ne pas être pressé la prochaine fois que je décide de les mettre... ;)